Entretien avec Diego Cañamero, porte-parole national du SAT (Sindicato Andaluz de Trabajadores). C'est à Bayonne, lors d'une tournée de présentation du syndicat andalou au Pays basque que des syndiqués de SLB l'ont rencontré. Il nous expose la situation générale de l’Andalousie et des conditions de précarité que subit la grande majorité de la population laborieuse.

SLB : Quelle est la situation en Andalousie ?

Diego Cañamero : La situation en Andalousie est très dure. L’Andalousie est un pays essentiellement agricole et 50% de la terre est détenue par 2% de propriétaires.  Il y a 8,2 millions d’habitants en Andalousie et le taux de chômage y est de 32%, jusqu’à 40% dans les districts ruraux. Cela représente 1.400.000 sans-emploi. La situation des journaliers et ouvriers agricoles est particulièrement dure. Ils sont près d’un demi-million mais trouvent peu de travail, n’ont pas de contrat ou alors ceux-ci ne sont pas respectés. Nous luttons contre ce système installé.

andalousie diegocanameroSLB : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le SAT ? Ce qui fait sa spécificité ?
D.C. : Le SAT est né le 23 septembre 2007 à partir de plusieurs organisations  syndicales rurales reliées au Syndicat des ouvriers de la campagne (SOC). Nous avons actuellement plus de 20.000 affiliés et nous organisons essentiellement des ouvriers agricoles, des paysans sans terres, ce qui fait de nous le syndicat majoritaire à la campagne. Nous n’avons pas encore la capacité d’initier une grève générale. Mais nous sommes bien implantés autour de Sevilla et de Cádiz et en mesure de mener de grandes grèves sectorielles et de paralyser des dizaines de districts ruraux. Nous voulons la réforme agraire, la justice sociale, la terre à ceux qui la travaillent. On nous classe souvent à l’extrême-gauche mais je dis toujours que nous sommes d’extrême nécessité. On cherche à nous criminaliser, nous isoler des gens. Mais nous cherchons seulement à être la voix des sans-voix, d’être le porte-parole des besoins des gens qui souffrent du drame du chômage, des expulsions et de l’exploitation extrême.

SLB : Quelles sont vos méthodes d’action ?
D.C. : Le SAT pratique essentiellement l’occupation symbolique de terres pour instaurer un rapport de force avec les propriétaires terriens. Mais nous occupons aussi des terres de façon permanente, qui sont cultivées par des paysans organisés en coopératives et dont le produit revient à chacun selon ses besoins. Nous produisons des haricots, du maïs, des milions de litres d’huile d’olive... En 1978 par exemple, ce sont plus de 20.000 hectares de terres qui ont été redistribués aux paysans. Nous occupons aussi des locaux patronaux, des usines, des établissements bancaires, les locaux de la télévision publique andalouse.

SLB : Occuper des terres, des locaux patronaux, mais pourquoi occuper la télévision publique andalouse ?
D.C. : Parce qu’elle ne montre que le folklore : les processions religieuses, les vierges, les ferias. Nous voulons une télévision qui reflète l’Andalousie réelle et la situation des classes laborieuses. D’ailleurs nous avons profité ce jour-là d’un concours de circonstances. Nous avons pu entrer dans les studios de télévision parce qu’ils croyaient que nous étions des supporters du Betis Séville car nous avons les mêmes couleurs !

SLB : Quel est l’ampleur de la répression que vous subissez ?
D.C. : Très dure. La répression a commencé dès les premiers occupations dans les années 1960. Mais le gouvernement PSOE de Zapatero a marqué une nouvelle étape dans l’ampleur de la répression à l’encontre des organisations de travailleurs. À ce jour, plus de 1000 personnes sont mises en examen, dont 300 passeront en procès prochainement. Nous avons un total de 400.000 euros d’amendes à payer et les réquisitoires s’élèvent à plusieurs centaines d’années de prisons au total, principalement pour faits de grève, d’occupation de terres. Moi-même j’ai subi plus d’une cinquantaine d’arrestations et j’ai été emprisonné cinq fois pour des activités syndicales menées pacifiquement et je suis actuellement recherché. Nous avons décidé de nous revendiquer insoumis judiciaires. Nous ne répondons pas aux convocations des juges, n’assistons pas à nos procès. Cela est rendu possible par l’énorme solidarité qui se noue autour de nous.

SLB : Vous avez été maire d’El Coronil pendant 10 ans, quel y a été votre action ?
D.C. : Nous y avons géré la mairie autrement. La mairie fournit assistance et travail à ceux qui le demandent. Les charges municipales sont révocables et leurs titulaires sont nommés en assemblée. Même le gardien du cimetière est nommé collectivement ! La mairie achète des terres qu’elle viabilise et qu’elle met à disposition moyennant 1200 euros seulement à ceux qui souhaitent y construire leur maison.

SLB : Justement, il y a un débat sur l’achat de terres en Andalousie, quelle est la position du SAT ?
D.C. : Le SAT est opposé à l’achat de terres. Nous préferons la propriété collective et la cession des terres aux paysans en usufruit. La terre est comme le soleil, l’air, l’eau, l’air que l’on respire, elle n’appartient à personne mais tout le monde doit pouvoir en bénéficier. Nous respectons la petite propriété paysanne dans un pays ou la concentration foncière est très importante, tout en promouvant un autre mode d’organisation.

SLB : Quel est plus spécifiquement la situation des travailleurs immigrés ?
D.C. : Elle est pire parce que les employeurs hésitent à embaucher des travailleurs sans papiers. Ils sont principalement concentrés dans la région d’Almeria, région de culture sous serres. Au SAT, nous défendons tous les travailleurs et travailleuses d’Andalousie, sans distinction. Personne n’est illégal. D’ailleurs les trois dirigeant-e-s de notre syndicat à Almeria sont respectivement marocain, congolais et argentin.

SLB : Qu’en est-il du débouché politique ?
D.C. : Nous avons constitué une formation politique, émanation du syndicat pour pouvoir participer aux élections autonomique et locales et bénéficier d’une représentation politique. Pour l’instant nous avons une député au parlement autonome andalou, plusieurs maires et conseillers municipaux. Notre syndicat a une vocation sociopolitique, celle d’une construction politique favorable aux travailleurs andalous. C’est dans cette perspective que nous participerons le 25 mars prochain aux élections du parlement autonome.

SLB : Quelles sont les prochaines mobilisations ?
D.C. : Nous appelons les travailleurs et travailleuses andalouses à se mobiliser dès le 27 février. C’est le début d’une campagne pour protester contre les mesures du gouvernement et le chômage de masse en Andalousie. Seule la lutte nous donnera la victoire. Il faut continuer. Nous sommes confiants car nous nous développons malgré la répression.


>> Site Internet du SAT : 
www.sindicatoandaluz.org

 

 


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