2016 cooperl1Entre le 25 février et le 11 mars dernier, les ouvrières et ouvriers de l’abattoir de la Cooperl à Lamballe ont tenu plus de deux semaines de grève contre le gel de leurs salaires et la diminution des primes d'ancienneté et de treizième mois, que la direction avait décidé de leur imposer.
Emmanuel Commault, directeur de la coopérative, se croyait, comme de très nombreux patrons, tout permis. Ces dernières années, soumis à chantage, les ouvriers avaient déjà accepté de travailler 2 heures de plus chaque semaine sans augmentation de salaire, d’arriver au travail 10 minutes plus tôt et de produire à des cadences extrêmement accélérées. Il faut dire que face à la direction, les syndicalistes n'ont pas la vie facile. Pressions, huissiers, lettres de menaces anonymes... « personne ne sait exactement comment la direction a réussi à leur faire signer l'accord la dernière fois, mais il y avait eu de grosses pressions », nous explique une ouvrière à propos des négociations précédentes. Dans ce contexte, avec en plus, un prix du porc au plus bas, l'occasion était trop belle de faire encore un peu plus de gras sur le dos des travailleurs.

Mais cette fois, la couleuvre ne passe pas. L'argument utilisé par le patron, de la nécessaire solidarité avec les éleveurs, laisse songeurs ceux qui se souviennent que la Cooperl, l'été dernier, a refusé de s'approvisionner au marché au cadran de Plérin suite à la décision d'y fixer un prix plancher. L'argument de la crise non plus : le groupe vient d'investir 45 millions dans une nouvelle unité industrielle à Plestan, sans emprunt, démontrant une trésorerie bien alimentée (2 milliards d'euros de chiffre d'affaires) ! De plus, les syndicalistes ne peuvent accéder aux comptes complets de la Coopérative. « J'ai pu voir ceux de Montfort (autre abattoir de la Cooperl) et je sais qu'ils sont bons, mais je n'ai pas le droit d'en dire plus », explique une militante.Alors que comprendre, sinon que le directeur, grassement payé, lui, cherche tous les arguments possibles pour tirer encore plus de profit du travail des autres ? Ironie du sort, les grévistes tombent un matin sur... une poubelle remplie de bouteilles de champagne, vidées la veille par leurs supérieurs.

Mais, si la menace d'une baisse de rémunération a lancé le mouvement, la question de la pénibilité et du respect des travailleurs est vite mise en avant. Une lettre ouverte (sous forme d'enregistrement) est diffusée, pour informer tous et toutes des conditions de travail dans l'abattoir. A ces dernières, très pénibles physiquement -beaucoup souffrent de troubles musculo-squelettiques dus à un travail répétitif et difficile et doivent passer sur la table d'opération pour continuer à travailler- et moralement - un climat de pression et de peur étant entretenue par la hiérarchie, avec notamment le flicage des ouvriers par des « coachs » qui chronomètrent leur travail- s'ajoutent des machines et un outillage peu ou pas entretenus, vieux et défectueux.

 

2016 cooperl2Et les travailleurs et travailleuses choisissent donc de dépasser la seule défense de certains de leurs acquis et de lutter pour une réelle négociation, portant sur l'harmonisation des salaires (différents selon les travailleurs pour des postes similaires), pour la diminution des cadences en abattage-découpe, l'arrêt des heures supplémentaires, limiter la flexibilité, ne plus travailler 6 jours sur 7, aménager les postes de travail, revoir l’organisation, etc... C'est à une vrai contre-offensive que doit faire face la direction.

 

Et cette dernière opte rapidement pour un bras de fer. Elle refuse de négocier tant que la grève durera, et snobe une réunion avec les élus et le préfet, au motif qu'elle préférerait « une réunion sur la compétitivité », concept si habituel et chéri des pouvoirs. Commence alors une longue bataille pour les ouvriers de Lamballe. Avec des salaires déjà bas habituellement, une grève longue risque de creuser des trous béants dans les budgets des familles. Certains ne font grève qu'un jour sur deux. Une parade est mise en place : les équipes sont encouragées à faire grève successivement, pour bloquer la production sans perdre trop de salaire. Les grévistes multiplient blocages filtrant et distributions de tracts. Une salle municipale leur est prêtée à Marouée pour les repas du midi et les Assemblées Générales, durant lesquels les syndicats installés sont parfois bousculés par une base qui veut intensifier le mouvement.

 

Le lundi 7 mars, après plus de 10 jours de grève, aucune négociation n'a commencé. « On a besoin de soutien extérieur, on ne tiendra pas seuls », confient les délégués syndicaux. Et peu à peu, le soutien s'étend : les ouvriers de la Cooperl de Montfort commencent à débrayer, un meeting réunit un public nombreux, des groupes commencent à organiser des collectes pour alimenter une caisse de grève, à Lamballe mais aussi à Rennes, dans le défilé du 9 mars contre la loi El Khomri et à l'Université Rennes 2 lors de l'Assemblée générale interprofessionnelle.

 

La direction menace et laisse entendre aux grévistes que « les adhérents » (les éleveurs adhérents à la Cooperl) risquent de venir forcer les barrages si les ouvriers se lancent dans un blocage total. Mais des bruits contradictoires affirment que de nombreux éleveurs se disent solidaires des grévistes, sans oser l'assumer publiquement. De fait une majorité d'éleveurs est victime des prix que leur imposent les transformateurs (dont la Cooperl) et la grande distribution, mais une partie d'entre eux est impliquée dans le fonctionnement de la coopérative et peut avoir intérêt à ce que ses marges restent aussi élevées que possible. Des intérimaires, sont également embauchés pour remplacer les grévistes et ainsi saper la lutte, dans la plus grande illégalité.

 

2016 cooperl3Mais au lendemain d'une rencontre apparemment tendue avec « les adhérents », le directeur Commault accepte finalement de s'asseoir à la table des négociations le vendredi 11 mars. Le coup de force et les menaces, n'ont pas fonctionné ! En échange d'une levée de la grève, il s'engage à renégocier le calcul du treizième mois et des primes d'ancienneté, à ouvrir des discussions sur la pénibilité et à étaler sur 6 mois la perte de salaire des jours de grève.

 

La grève des travailleurs et travailleuses de la Cooperl est une victoire. D'abord parce qu'ils ont prouvé leur force et leur détermination en tenant face aux menaces et au terrorisme patronal, jusqu'à ce que la direction plie et s'engage à négocier sur plusieurs des points exigés par les grévistes. « Au boulot, l'ambiance ne sera plus la même, nos supérieurs ne pourront plus nous regarder de haut », confiait ainsi l'un d'entre eux. Ensuite parce que ces derniers, ne se sont pas laissés enfermer dans la question stricte des primes, qui bien qu'elles mettent un peu de beurre dans les épinards, ne sont très généralement qu'un enfumage pour éviter toute augmentation réelle de salaire. Ils ont ainsi décidé de porter la lutte sur cette question des salaires, mais également des cadences, problème bien souvent oublié des grandes centrales syndicales et pourtant au coeur de la lutte entre exploiteurs et exploités. Enfin, malgré les difficultés que cette grève a pu provoquer pour les ouvriers, ceux-ci sont d'ores et déjà prêts à repartir en lutte si la direction ne leur donnait pas satisfaction.

 

Nos camarades de la Cooperl savent que de nombreux soutiens ont été trouvés et qu'en cas de reprise du conflit, ils pourront compter sur la solidarité des travailleurs et travailleuses de Bretagne et ce, dès les premiers jours. Car leur lutte est la nôtre, et notre force sera la leur !

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