Cet été, comme tous les ans, la saison sera l’occasion pour des dizaines de milliers de travailleurs saisonniers d’avoir une source de revenu, dont ils dépendent bien souvent pour le reste de l’année. Patrons, médias, Pôle emploi, boîtes d'intérim, mènent une propagande acharnée sur ces « opportunités » et ces « offres » d'emplois, rappelant à quel point c'est une chance de pouvoir travailler pour des employeurs bienveillants qui ne demandent qu'à pouvoir donner leur chance à de braves salariés. Mais que penser de cette « chance » tant vantée ?

En Bretagne, près de 100000 contrats saisonniers sont signés durant la saison estivale, en comprenant environ 79000 contrats en région Bretagne et près de 20000 en Loire-Atlantique. Bien sûr, ces chiffres ne prennent pas en compte le nombre écrasant d’emplois dissimulés, qui explose aussi pendant la saison estivale au détriment des travailleurs qui le choisissent, ou bien plus souvent, le subissent. De nombreux secteurs d’activités ont recours aux saisonniers, comme l’agriculture, l’agroalimentaire, l’hébergement, la construction, le transport, etc… Mais ce sont les secteurs de la restauration (21% de l’emploi saisonnier en Bretagne administrative), de la grande distribution (15%) et de l’associatif (dans l’animation, sportive ou culturelle) qui recrutent le plus.

En Bretagne administrative, 65% des saisonniers dont de nombreux étudiants et lycéens, ont moins de 26 ans. La proportion de femmes s’élève quant à elle à 61%, sachant qu'en moyenne, sur une année, le salaire d'une travailleuse est environ 25 % inférieure à celui d'un travailleur. Pour beaucoup de jeunes, mais aussi de chômeurs et précaires, tous âges confondus, l’été est donc une période permettant de pouvoir trouver un travail qui, pour certains sera quasiment la seule source de revenu sur l’année, en dehors, dans les meilleurs des cas, d'aides diverses. Et les patrons le savent. La saison estivale est, pour plusieurs secteurs d’activités, la période où ceux-ci accumulent le plus d’argent, en en laissant le moins aux travailleurs. Premièrement, par un fait simple : les travailleurs saisonniers n’ont pas ou peu d’ancienneté. Ils ne peuvent donc prétendre à un salaire au même niveau que des travailleurs à l’année, qui sont déjà là depuis plus longtemps. Mais, il ne faut pas oublier par ailleurs, que les travailleurs âgés de 16 à 17 ans, nombreux, sont payés à 80 % du SMIC et ceux de 17 à 18 ans, à 90 % du SMIC. Les autorités trouvent sans doute à ce propos des explications très convaincantes sur une possible productivité moindre chez les jeunes adultes, justifiant de ce fait, une paie encore plus misérable que le salaire minimum. Deuxièmement, les travailleurs saisonniers, jeunes pour la plupart, ne connaissent généralement que très peu leurs droits et sont également moins vigilants quant à leur respect. On peut donc imaginer l'opportunité pour l'employeur de détourner code du travail et conventions collectives en sa faveur comme si ce n'était déjà pas assez le cas. Et même pour les saisonniers plus conscients, la plupart qui peuvent être isolés, obligés de concéder et renoncer à beaucoup de ces droits, le rapport de force face à l'employeur étant encore plus en leur défaveur. Ensuite, il faut aussi aller voir du côté des raisons plus « courantes », comme le nombre actuel de chômeurs, armée de réserve pour le patronat, qui représente un argument de poids contre toute velléité des travailleurs, avec l’argument bien connu « Ferme-la ou prend la porte ! Il y en a trois millions qui seraient bien contents d’être à ta place. ». S’ajoute parfois un autre élément : le travail « en famille » : il est courant que le travailleur saisonnier ait trouvé un poste dans une entreprise dirigée par un membre de sa famille, ce qui très généralement, coupe court à toute demande ou revendication…

Les avantages énormes pour le patronat du travail saisonnier, se reflètent pour finir, dans les types de contrats qui encadrent cette activité. On peut en distinguer deux principaux, à savoir le CDD « classique » et le contrat intérimaire, techniquement considéré comme un CDD, mais impliquant souvent des « missions » plus courtes qui peuvent se répéter et donc une instabilité de l'emploi encore plus grande. Ce dernier est très utilisé dans les secteurs de la construction, du commerce et de l’agro-alimentaire.Il est important de noter également que 53% des saisonniers de Bretagne administrative, sont à temps partiel.

Toutes ces raisons permettent ainsi aux patrons de verser des salaires minimum, de ne pas payer les heures supplémentaires, etc… Bref, de s’assurer une main d’œuvre docile, non-organisée et donc un respect minimum des droits des travailleurs, voire de ne pas les respecter du tout. Cependant, soyons clair, le travail saisonnier regroupe exactement les mêmes problèmes que le travail non-saisonnier ; isolement des travailleurs, mise en concurrence, nécessité de travailler pour survivre, manque général de connaissance des droits du travail, etc... mais du fait des caractéristiques spécifiques du travail saisonnier, certaines informations sont plus pertinentes à mettre en avant afin de comprendre la réalité. Et certaines méthodes de lutte s'avèrent plus efficaces que d'autres...

Comme dans tous les centres de travail tout au long de l'année, la solidarité entre les travailleurs est une de leurs premières défenses et de leurs meilleures armes. Malheureusement, il faut être conscient qu'au vu du rapport de force actuel dans l'immense majorité des centres de travail, cette solidarité aura, d'une manière ou d'une autre, des limites, que le patron saura exploiter. Mais cela ne doit pas être une raison pour les travailleurs et travailleuses de renoncer à cette solidarité et de ne pas chercher à la construire. Justement, parce que la solidarité spontanée ne suffit pas face aux pressions du patronat, il faut s'organiser et ceci passe par le syndicat.

Grâce au syndicat, en effet, les travailleurs peuvent s'informer sur leurs droits, généraux, ou plus précis. Les permanences syndicales et la formation sont faites pour ça. Le syndicat permet également d'organiser la lutte des travailleurs au sein du centre de travail, mais également par secteur économique et géographique et de briser l'isolement, les divisions et le corporatisme, en clair, de travailler à une prise de conscience de classe. Cependant, dans le cas du travail saisonnier, il faut prendre en compte le caractère temporaire de l'activité. Beaucoup ne sont présents dans le secteur géographique que pour la saison et en repartiront ensuite. En Loire-Atlantique par exemple, 30 % des saisonniers ne vivent pas dans la zone d'emploi du patron. Il faut donc, plus encore que d'habitude, que le syndicat aille voir directement les travailleurs dans l'entreprise.

Depuis plusieurs années, SLB édite des brochures bilingues, breton-français, résumant les droits des travailleurs, en plus des permanences tenues. L'année dernière, ils ont été distribués avant la période estivale devant les lycées et dans les universités et surtout dans de nombreuses entreprises (supermarchés, commerces, hôtels...) de nombreuses villes. Cette pratique peut paraître simple, mais au-delà d'une simple information ou rappel des lois, le message véhiculé est d’une grande importance. En effet, en rentrant dans les centres de travail, le syndicat envoie un message fort aux travailleurs. Contre leur isolement en premier lieu, en montrant ainsi qu'ils ne sont pas seuls à connaître cette situation, qu'ils ne sont pas seuls à vouloir la combattre et que face à cela, seule l’union fait la force. Il s’agit ensuite de montrer aux travailleurs que des structures, luttant pour leurs droits, existent et qu’elles sont bien présentes, notamment sur leur lieu de travail, qui n’est pas une zone de non droit où le patron est juge et bourreau, que l’on peut dire non et faire plier l'employeur. Pour ces raisons, il est important de mener cette campagne. SLB a pu être visible et répondre aux questions des travailleurs, toujours très intéressés, et ce malgré l’hostilité passive, voire active, de certains patrons.

SLB reprend ce travail cet été et les guides seront disponibles toute la saison auprès de notre syndicat. De plus notre organisation tient, tout au long de l’année, des permanences téléphoniques, internet et physiques, où tout travailleur ou travailleuse est bienvenue et peut-être renseignée et défendue et ce, sans obligation d'adhésion.

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