« Le problème de la Bretagne, c'est la France ». Le mot d'Alain Glon1, prononcé à l'occasion de l'université d'été de l'Institut de Locarn2 a réjouit tous les membres de l'Emsav qui militent pour une union du mouvement breton, gauche et droite confondues, fascistes inclus. On peut pourtant s'étonner de voir ainsi l'ensemble des problèmes bretons renvoyés à une cause externe : comme si tous les conflits qui traversent la société bretonne étaient téléguidés « de l'étranger ».

Comme tous les bons menteurs, Alain Glon sait mettre un peu de vrai dans ses mensonges. Bien sûr, le peuple breton a motif de se plaindre et de combattre les politiques élaborées au niveau de l'Etat français. Menacée d'être réduite à l'état de réserve d'espace pour le tourisme, l'économie résidentielle et l'agriculture d'exportation, l'économie bretonne est assez proche d'une économie coloniale.

Mais face à cette situation, il serait faux de laisser croire que tous les Bretons sont logés à la même enseigne ou n'y sont eux-mêmes pour rien. Faire croire à une situation binaire « Bretons opprimés contre Français oppresseurs » est d'abord un bon moyen pour le millionnaire Alain Glon de se placer avantageusement dans la catégorie des opprimés.

À y regarder de plus près, la manœuvre va plus loin qu'une simple diversion. Dans un entretien accordé cet été en marge d'une rencontre du « Club Erispoë » (sous l'égide de l'institut de Locarn), Alain Glon répond ainsi à la question d'une régionalisation du SMIC, pour que les salaires bretons puissent baisser et que les entreprises bretonnes puissent ainsi concurrencer l'Allemagne : « Oui, enfin, j'irais même un peu plus loin, je pense qu'il faudrait rendre la liberté au travail. Et pour autant que employeur et employé se mettent d'accord sur des dispositions qui leur conviennent, ça peut se faire au cas par cas, entreprise par entreprise, ou alors à la dimension d'une région, voire d'une activité...». Au passage, il s'élève contre la contribution des entreprises au financement des allocations familiales, contre le principe pollueur-payeur et annonce l'arrivée d'« hommes en uniforme » au pouvoir en cas de nouvelles hausses d'impôts !

2013 institutdelocarn manifHeureusement qu'Alain Glon est là pour protéger le peuple breton de tous ceux qui voudraient l'empêcher d'être exploité... Un salaire minimum moins élevé qu'en Allemagne (où, soit dit en passant, la pauvreté d'une partie des travailleurs est tellement préoccupante que même Angela Merkel a fait mine de vouloir instaurer un salaire minimum) ne peut mener qu'à une économie de traite, où les entreprises bretonnes chères à l'Institut de Locarn, qui habrite le siège de Produit en Bretagne, pourraient engranger plus de profits encore, grâce à un chantage permanent aux salaires et où d'autres entreprises viendraient exploiter sans limite des travailleurs bon marché pour exporter le produit de leur travail à l'extérieur. Au profit de qui ? Certainement pas de la majorité des Bretons, mais à coup sûr des patrons et des actionnaires de ces entreprises.

Comme tant d'autres avant lui, Alain Glon prétend croire que les relations contractuelles au sein d'une entreprise sont le fruit d'un accord entre deux parties libres de signer ou de refuser. Comme si aucune contrainte économique ne pesait sur les travailleurs, comme si le chômage, soigneusement entretenu à coup d'heures supplémentaires et de délocalisation, n'était pas un puissant instrument de contrainte aux mains de ceux qui possèdent les moyens de production. Comme si la lutte des classes n'existait tout simplement pas. Ce n'est pas un hasard si Alain Glon déclare vouloir rendre la liberté « au travail », et non aux travailleurs !

Alain Glon n'est pas un progressiste. Sa seule originalité par rapport à la plupart des autres patrons, est d'acclimater son discours pseudo-libertaire à la Bretagne en lui donnant les apparences d'une posture régionaliste ou nationaliste. Il est un des meneurs du combat permanent du patronat, contre les travailleurs de Bretagne et d'ailleurs. Et nous en prenons bonne note.

 

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1 Alain Glon est l'ancien PDG du groupe Glon, spécialisé dans l'agroalimentaire. En 2012, le groupe réalisait 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Il est également président de l'Institut de Locarn, membre du Club des trente.

2 L'Institut de Locarn est un regroupement de patrons et d'« élites entrepreunariales locales » afin d'« aiguillonner les acteurs du développement économique vers l'offensive », selon le site de l'Institut.

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